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Les années 1930 ne cessent de questionner les contemporains, à l’image du président Emmanuel Macron qui, le 31 octobre, s’est dit « frappé » par la « ressemblance » entre la situation actuelle en Europe et celle qui y régnait durant l’entre-deux-guerres. Historiens, écrivains et philosophes travaillent depuis longtemps sur les archives, les figures et les questions soulevées par ces années sombres, comme en témoigne cette sélection de parutions récentes.

Les Premiers Jours de l’inhumanité. Karl Kraus et la guerre, Jacques Bouveresse (éditions Hors d’atteinte, 252 pages, 19 euros).

Philosophe, professeur honoraire au Collège de France, Jacques Bouveresse s’intéresse de manière insistante et féconde à la figure de Karl Kraus (1874-1936), satiriste et essayiste autrichien, rédacteur de la revue Die Fackel, qui sut peindre « les derniers jours de l’humanité » (entre 1915 et 1919) ainsi que la chute de la République de Weimar (Satire et prophétie : les voix de Karl Kraus, Jacques Bouveresse, Agone, 2007). Dans ce nouvel opus qui inaugure une nouvelle maison d’édition, Hors d’atteinte, Jacques Bouveresse analyse notamment la notion d’« innocence persécutrice », technique de manipulation qui consiste, pour des dirigeants ou personnalités autoritaires, à se présenter comme des victimes (allant jusqu’à accuser les autres des crimes qu’ils commettent eux-mêmes). De l’avènement des « fake news » à la critique du catastrophisme, une réflexion sur les résonances entre ce passé et notre présent.

L’Effet miroir des années 1930, La Nouvelle Revue française n° 635 (mars 2019).

Dirigée par Michel Crépu, la NRF s’interroge également sur « l’effet miroir des années 1930 ». L’écrivain Philippe Le Guillou évoque une « comparaison impossible » entre 1930 et aujourd’hui, telle que l’a suggérée le président de la République ; le critique Jacques Drillon regrette cette époque où « on pouvait encore dire sans baisser les yeux que c’était mieux avant » ; et la romancière Gwenaëlle Aubry (qui appartient à « une génération à laquelle on a voulu faire croire que l’histoire était finie »), explique que si nous ne sommes plus dans les années 1930, c’est parce que « nous ne sommes plus innocents » et que « nous savons que le pire peut, non pas revenir, mais advenir sous de nouvelles formes ».

Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/26/l-histoire-se-repete-t-elle-des-livres-au-chevet-des-annees-1930_5441391_3232.html

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